Bouddha, Descartes : images du chemin

Artiste chinois, habitant à Taiwan, Chuang Chih Hui expose une sélection de peintures et de sculptures à la Pagode Bouddhiste Fo Guang Shan, située à Bussy Saint Georges. Cette exposition mérite que les amateurs de peinture ou les curieux de la culture asiatique fasse le détour quelques heures. Les références occidentales sont articulées avec les fondamentaux de la culture asiatique : le passage de l'extérieur à l'intérieur de soi, la volonté personnelle de se connaître par soi-même, la métamorphose des corps. Surprise : Nous découvrons dans les peintures de Chuang Chih Hui leur proximité avec la méthode de René Descartes. Le chemin est un escalier.

Francis Francis

Artiste chinois, habitant à Taiwan, Chuang Chih Hui expose une sélection de peintures et de sculptures à la Pagode Bouddhiste Fo Guang Shan, située à Bussy Saint Georges.

Débutant sa formation d'artiste à 19 ans, Chuang Chi Hui montre une maîtrise impressionante des techniques du cubisme et du surréalisme. Les fauvistes, André Breton, Paul Eluard, Georges Braque, Salvator Dali sont les références qui s'imposent immédiatement. Chuang Chih Hui les intègre de façon pertinente dans une composition harmonieuse. Ainsi, les jeux de l'ombre et de la lumière commencent par des cubes et se continuent par des plissés. La palette des couleurs est à la fois harmonieuse et brutale.

Cependant ces références occidentales sont articulées avec les fondamentaux de la culture asiatique : le passage de l'extérieur à l'intérieur de soi, la volonté personnelle de se connaître par soi-même, la métamorphose des corps. Ici, les images du Bouddhi s'imposent naturellement dans les sculptures et certaines peintures.

Pourtant, cela ne fait pas de Chuang Chih Hui  un militant du bouddhisme. Classiquement, le visage et le corps rond et lisse du Bouddha indiquent la tranquilité d'un "je-qu-se-connait " qui s'ouvre aux autres et leur apporte sa compassion. Les sculptures et les peintures donnent vie à des Bouddha travaillés par des tensions contraires. Le bois et le bronze développent leurs forces propres sur des rondeurs qui se tordent, un lisse qui se creuse de rides ou de boursouflures. Ainsi, le Bouddha peut se figurer comme une apparition dans une bulle d'eau. Mais l'eau sécoule, perdant son aura.

La figuration de la transformation, de la métamorphose, amène le peintre à faire de son tableau une addition d'espaces, que les héros ou les héroines auront à parcourir. Dans chaque espace, une facette nouvelle apparait. Il se peut que cette facette ne soit que son image dans le miroir. Elle agit à l'égal des autres images.

A partir de cette quête de soi-même, symbolisée par la figure récurrentes de l'escalier, Chuang Chih Hui propose une critique des images de la société de consommation : toutes les couleurs deviennent grises, les publicités se résument à des mots de marques. Les consommateurs n'ont plus de corps. Cette perte du corps n'est pas un chemin vers la sagesse intérieure.

Paradoxalement, c'est dans la reconnaissance de la plénitude de son corps, du sentiment d'appartenance à son corps, que peut s'initier le parcours vers la connaissance de soi.

Cependant, un élément reste constant : d'espace en espace, un escalier est proposé. Chuang Chi Hui indique : "pour réussir, il faut monter chaque marche une à une, il faut donner de l'importance à chaque marche". Etonnament, nous retrouvons une des bases de la Méthode de Descartes.

Descartes, en effet, dans le "Discours de la Méthode", remet en question tous les concepts qu'il connaît, afin que rien de fantaisiste ne vienne polluer sa pensée, au profit d'une raison inconditionnelle ; pour ce faire, il s'impose quatre préceptes :

  • Ne recevoir aucune chose pour vraie tant que son esprit ne l'aura clairement et distinctement assimilée préalablement.
  • Diviser chacune des difficultés afin de mieux les examiner et les résoudre.
  • Établir un ordre de pensées, en commençant par les objets les plus simples jusqu'aux plus complexes et divers, et ainsi de les retenir toutes et en ordre.
  • Passer toutes les choses en revue afin de ne rien omettre.

Le chemin vers soi-même, vers la sagesse, vers la raison inconditionnelle est un escalier. Surprise : Nous découvrons dans les peintures de Chuang Chi Hui leur proximité avec la méthode de René Descartes.

Pour mieux connaître l'artiste

【尋找內心的名牌】- 莊志輝世界巡迴創作個展

«À la recherche de sa "marque" intérieure» - Expositions individuelles en tournée mondiale de CHUANG Chih-Hui

「照見自己,塑造自身的價值,你就是名牌。」-by莊志輝

«En vivant le soi et en créant sa propre valeur, on sera de "grande marque" unique» - CHUANG Chih-Hui

2015年莊志輝在佛光緣美術館個展,一位觀者感動不已緊握著他的手連聲道謝說,「從母親往生後3個月沒笑過,看這些作品就像看一部部的經典,體會很深刻、歡喜,心也開了,真的非常感謝莊老師...。」

Dans son exposition à la Galerie d'Art Fo Guang Yuan en 2015, un spectateur profondément ému serre la main à CHUANG Chih-Hui et dit, "Je ne souris plus depuis trois mois, moment où ma mère est décédée. En regardant vos œuvres, je me sens en train de lire des Sutra bouddhiques, une compréhension joyeuse de la vie vient dans mon esprit et ouvre mon cœur. Je vous en remercie infiniment..."

“對話”,是莊志輝創作的一大動力。雖然,他創作時沒想過要影響別人什麼,僅是愛創作並忠於內心真實感受,把生命體悟呈現在作品裡與自已對話,但觀者的回饋則一次次燃起他對藝術的熱情並喚起他創作的初心。他說,「創作過程是自我檢視心理狀態的時刻。生活中有種種壓力、無耐又同時充滿者歡笑與溫暖。我的創作靈感來自生活,創作也讓我體會生活處境,同時,能與有緣人共享,這是人間至真至美的事了。」

La possibilité de "dialoguer" avec les spectateurs est la force motrice majeure pour la création de CHUANG Chih-Hui. Bien que lors de son travail, il ne pense qu'à consacrer ses véritables sentiments à sa création en faisant face au soi-même, le retour des spectateurs renforce, à chaque fois, sa passion de l'art et lui faire rappeler son enthousiasme initial. Il explique, "le temps de réalisation des travaux artistiques est une bonne occasion à observer mon état mental. La vie est remplie de toutes sortes de pression et d'impuissance, mais il y a en même temps plein de délices et de gentillesses. Mes travaux sont inspirés de la vie, puis ils m'aident à mieux comprendre la vie. Et rien n'est plus merveilleux que le fait de pouvoir partager tout cela avec quelqu'un."

莊志輝展出獨特的繪畫與木雕巧思結合作品,藝評家黃祖蔭說,「莊志輝的畫即雕刻,雕刻亦畫。」莊志輝擅長在作品展現空間的交錯重疊,圖像在其大膽解構後再結構,這是他刻意展現的藝術形式,對照人生存在多元序列中,在不同時空因緣中扮演者多重的角色。作品在魔幻中自然流露哲理,讓觀者產生無限的想像,開啟心門進入自心。

CHUANG Chih-Hui présentent dans cette exposition une composition originale de peinture et de sculpture. Comme le dit Huang Zu-Yin, critique de l'art, "La peinture de CHUANG Chih-Hui n'est autre que la sculpture de CHUANG Chih-Hui, et vice-versa". Fort en déconstruire puis reconstruire les images, l'artiste a tendance à introduire dans ses œuvres des chevauchement et des superpositions des espaces. Une expression personnelle à l'origine de sa volonté de montrer le fait que la vie est composée de multiples " séquences " d'espace-temps, dans lesquelles l'on joue de multiples rôles. Dans ses œuvres, une philosophie propre à l'artiste s'écoule naturellement d'une atmosphère magique qui suscite l'imagination sans borne du spectateur. Il est ainsi invité à ouvrir la "porte" de son cœur et à entrer dans l'intérieur du soi.

此展傳達迷失的人在未創造自我價值前是如何迷戀或依附於別人創造的價

值,總離不開從物質、名牌中展現自己的光環。「尋找內心的名牌」反照人間無止盡的物質追求,如同美麗的水中月,儘管迷人,究竟不是真實。人生際遇不同,照見自性,創造自身價值,從紅塵中看見自己就是顆閃亮的明珠。

Cette exposition consiste à représenter l'état d'un individu perdu, celui qui est incapable de créer sa propre valeur et qui s'égare dans les valeurs définies par d'autres. Il ne peut alors que faire ressortir sa valeur à travers des moyens matériels, souvent par le biais de l'acquisition des produits de marque. Intitulée «À la recherche de sa "marque" intérieure», cette exposition tente de montrer le désir matériel à l'infini, un désir qui, comme le reflet de la lune reposé sur la surface d'eau, est attrayant mais irréel. L'artiste nous propose, au travers de ces œuvres, d'accepter la situation donnée car jamais l'on a le même destin. Il suffit de vivre la nature du soi, d'essayer de créer sa valeur personnelle, pour pouvoir pénétrer la vanité de la vie mondaine et se voir comme une perle brillante.

獨立策展人 楊素敏 撰於 2015.12.25

YANG Su-Mine curatrice indépendante, 25/12/2015

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