Pour une transparence de la banque : un défi artistique

La banque n'est pas un sujet artistique. Mais seul l'art peut représenter le télescopage temporel du projet d'une famille et du "high speed trading".

Francis Francis

L’avenir de la banque : la transparence sur les risques

Je ne suis pas un banquier. Aujourd’hui, de multiples projets proposent de nouveaux usages et des services bancaires inédits. Alors pourquoi ne prendrais-je pas aussi la parole : « voilà les usages qui pourraient m’être utile ». J’aimerais également comprendre le fonctionnement de la Finance. Par exemple, j’aurais pu être un américain moyen qui achète une maison à crédit et qui espère la revendre plus chère en profitant d’un marché financier en surchauffe. La valeur de ce qui me reste à payer est estimée – je sais pas où - à un certain montant, et ce montant est acheté à un certain niveau d’enchère – je ne sais pas par qui. Puis, je n’ai pas compris comment, pour une raison statistique calculée par un logiciel, je suis réputé ne pas pouvoir rembourser mon crédit. Patatras, pour un dollar de retard, ma maison est vendue aux enchères à un prix dérisoire. Une suggestion s’impose : apprendre la pratique bancaire à l’Ecole. Nous serions moins désarmés face à un langage ambigu : « Assurance, Risque, Investissement, Mutualisation, Participation, Action, Titre.. ».

Dans la relation commerciale, je propose de distinguer les différentes périodes de temps. A un premier niveau, la période serait l’année, horizon au jour le jour de mes dépôts et mes retraits réguliers. Je peux préparer mes dépenses pour les gros achats en souscrivant des petits crédits. Je maîtrise le risque de mes choix. J’attends de la banque du futur des comptes clairs de mon budget annuel.

Le second niveau est celui des biens durables : un appartement, une maison, une entreprise. Il me faut d’un coup emprunter un capital important, et le rembourser par petites fractions. Cependant, au cours d’une période de dix, vingt, trente ans, que va-t-il se passer ? Je peux perdre mon emploi, tomber malade, pire mourir dans un accident. Le risque se déplace vers celui qui prête de l’argent : sera-t-il remboursé ? Comment couvrir ce risque ? Pour rassurer le prêteur, l’emprunteur souscrit des assurances « perte d’emploi », « vie ». Le prêteur lui-même souscrit une assurance auprès d’un assureur qui mutualise tous les risques en comptant sur la probabilité qu’ils ne se réaliseront pas tous à la fois. Voici la période de temps « longue », de 20 à 30 ans.

La mutualisation des risques sur ce temps « long » complique la relation bancaire initiale, mais elle ne rompt pas cette relation. Par contre, il y a rupture de la relation bancaire lorsqu’il y a dissociation entre celui qui génère le risque financier – le prêteur qui prête – et le spéculateur qui achète une probabilité de pertes en cas de non-remboursement du prêt. Nous entrons dans le règne de l’indifférence : pour 1 euro de retard le spéculateur voudra être remboursé à tout prix, quitte à vendre à perte le bien de l’emprunteur.

Comment passe-t-on de la mutualisation des risques à la spéculation sur ces risques ? La pratique magique est la « titrisation » ! Un Titre est un paquet de risques de différents niveaux comprenant aussi bien des risques élevés et des risques faibles. Les statistiques, donnent des espérances de pertes qui sont valables tant que les sources de risques restent indépendantes. Par contre, elles deviennent des mensonges lorsque leur découpage et association fait que ces risques se réalisent de façon simultanée pour des raisons connues du prêteur mais non exposés aux investisseurs.

Un ami banquier plaisantait : « il y a plusieurs types de mensonges : les petits mensonges, les gros mensonges et les statistiques ». Dans le temps long, les logiciels statistiques de réalisation du risque – la défaillance de l’emprunteur – introduisent le troisième temps immédiat de la spéculation. S’appuyant sur des formules de calculs, une assurance est réputée risquée à 30%, celle-ci à 5% et cette autre à 10%. L’horizon de trente ans est brutalement ramené à une confrontation de quelques minutes entre des espérances de gains. L’emprunteur n’existe plus pour le spéculateur.

Comment préserver la dimension commerciale et réduire le télescopage temporel ? La réglementation, pour certains produits financiers, oblige à conserver une part minime du risque initial créé, le reste étant transmis à des Tiers. Voici une exigence de transparence : dans la banque de demain, TOUTES les assurances souscrites et les assureurs successifs, tous les Tiers, devraient être connus par l’emprunteur.

Contribution à un livre blanc "Quel avenir pour la banque ?" dans le contexte des évolutions technologiques et financières.

comments powered by Disqus